Côte d’Azur : 6 étapes sur les traces des peintres

Par Eliane Cognet | Publié le : 15 mai 2017
  • L'oeuvre Paysage du Cannet par temps de Mistral, de Pierre Bonnard, est exposée au musée Bonnard du Cannet.

    L'oeuvre Paysage du Cannet par temps de Mistral, de Pierre Bonnard, est exposée au musée Bonnard du Cannet.

    L'oeuvre Paysage du Cannet par temps de Mistral, de Pierre Bonnard, est exposée au musée Bonnard du Cannet. - © Adagp, Paris 2014

  • Le musée Fragonard, à Grasse, présente une quinzaine d’œuvres de l’artiste.

    Le musée Fragonard, à Grasse, présente une quinzaine d’œuvres de l’artiste.

    Le musée Fragonard, à Grasse, présente une quinzaine d’œuvres de l’artiste. - © CRT Riviera Côte d'Azur - Georges Veran

  • Le Musée Matisse, à Nice, regroupe l'une des plus grandes collections d'œuvres de l'artiste.

    Le Musée Matisse, à Nice, regroupe l'une des plus grandes collections d'œuvres de l'artiste.

    Le Musée Matisse, à Nice, regroupe l'une des plus grandes collections des œuvres de l'artiste. - © CRT Côte d'Azur - Anaïs Brochiero

  • La maison de Renoir à Cagnes-sur-Mer, reconvertie en musée.

    La maison de Renoir à Cagnes-sur-Mer, reconvertie en musée.

    La maison de Renoir à Cagnes-sur-Mer, reconvertie en musée. - © CRT Riviera Côte d'Azur - Georges Veran

  • Le Château Grimaldi d’Antibes où Picasso avait installé son atelier.

    Le Château Grimaldi d’Antibes où Picasso avait installé son atelier.

    Le Château Grimaldi d’Antibes où Picasso avait installé son atelier. - © CRT Riviera Côte d'Azur - Georges Veran

  • Les paysages de Saint-Tropez ont inspiré nombre d'œuvres présentées au musée de l’Annonciade.

    Les paysages de Saint-Tropez ont inspiré nombre d'œuvres présentées au musée de l’Annonciade.

    Les paysages de Saint-Tropez ont inspiré nombre d'œuvres présentées au musée de l’Annonciade. - © Musée de l'Annonciade - Saint-Tropez Tourisme

Côte d’Azur : 6 étapes sur les traces des peintres fr

Depuis des siècles, la Côte d’Azur fascine des générations de peintres attirés comme des papillons par sa fameuse lumière. Et chaque recoin de l'illustre rivage se souvient des grands maîtres de la couleur qui vinrent s’y installer avec leur chevalet. A chaque ville de la région, son peintre.

Matisse à Nice 

L’hôtel Beau Rivage a perdu depuis longtemps le jardin tropical qui le séparait de la plage et les lords ont déserté Lou Camin dei Inglès (la Promenade des Anglais). Mais la belle façade ocre de la maison où vécut Matisse jusqu’à sa mort en 1954, est toujours celle qui capte les derniers rayons de soleil du Cours Saleya.

Le peintre arriva dans la capitale de la Riviera en décembre 1917. Il pleuvait et il plut sans interruption pendant des jours. Jusqu’à ce que l’artiste décide rageusement de quitter la ville. C’est à ce moment précis qu’un souffle de vent chassa les nuages en découvrant une mer diamant tachetée de bleu cobalt. Matisse ne quittera plus jamais la Côte d’Azur. "Pourquoi Nice ? Pour cette limpidité nécessaire", expliquait-il à Aragon. C’était pendant les années folles, quand princesses russes en exil, reines anglaises, écrivains décadents et belles actrices venaient festoyer à Nissa la Bella dans un tourbillon de plumes et de diamants.

Bonnard à Cannes

En installant chaque matin son chevalet à l’ombre des palmiers de la Croisette, le peintre Pierre Bonnard ne se doutait sans doute pas que cette promenade de sable longeant la mer deviendrait un jour le boulevard le plus médiatisé au monde pendant le Festival du Film.

Certes Cannes était déjà une petite station hivernale plutôt célèbre quand il s’y installa en 1926. Mais plutôt que d’habiter au bord de mer, Bonnard jeta son dévolu sur une maison modeste du quartier paisible du Cannet, à proximité des berges bucoliques du Canal de la Siagne, lieu favori de ses promenades, où il vécut en toute discrétion jusqu’à sa mort en 1948.

Durant cette période, il peint près de 300 tableaux dont L’Amandier en fleurs, Vue du Cannet et Nu dans la baignoire, des œuvres mondialement connues aujourd’hui. En visitant le musée qui lui est consacré, on découvre l’intimité du peintre et un éclairage particulier sur l’amour qu'il portait à ses animaux de compagnie, si souvent représentés dans ses tableaux.  

Fragonard à Grasse

Au Moyen Âge déjà, Grasse était la coqueluche des parfumeurs pour les essences, pommades et poudres qu’elle seule savait accommoder. Quelques siècles plus tard, les commandes affluaient de toute l’Europe dans l’atelier du peintre Jean-Honoré Fragonard, l’enfant du pays né en 1732, dont les œuvres trônent encore dans les plus grands musées du monde (le Louvre à Paris, la Frick Collection à New York…).

Un opulent passé à découvrir nez en l’air, en humant les senteurs de fleurs d’oranger et de fraises des bois qui tournoient toujours entre placettes médiévales, murs ventrus et voûtes sombres. Car Grasse n’a pas seulement inventé les parfums les plus célèbres de la planète (Chanel N°5, Eau Sauvage, Poison…). La ville s’impose désormais dans la bataille des arômes alimentaires et emploie plus de 250 "nez". Un nez ? C’est cet artiste capable de composer un parfum en mariant une multitude d’essences rares. Un peu comme un peintre avec ses tubes de couleur pour créer un chef-d’œuvre. 

Renoir à Cagnes-sur-Mer

C'est en 1907 que Renoir s'installe à Cagnes-sur-Mer dans une magnifique propriété d'où l'on découvre un stupéfiant panorama jusqu'au Cap d'Antibes. Et lui aussi craque immédiatement pour cette lumière crue et l’incroyable palette de couleurs des oliviers, des mimosas et des orangers qui s’embrasent au coucher du soleil jusqu’à la mer.

C’est là que jusqu’à sa mort en décembre 1919 l’artiste impressionniste peindra avec frénésie, faisant éclater sa joie de vivre et sa sensibilité à travers ses toiles et ses sculptures. Des œuvres qui fascinent toujours. La preuve ? Le réalisateur et scénariste Gilles Bourdos consacra en 2013 un film à la période cagnoise de Renoir, dans lequel Michel Bouquet incarne magnifiquement le peintre. La belle demeure de Renoir et son mobilier d’époque, sont désormais transformés en musée où l’on peut voir ses tableaux, ses sculptures, son grand atelier de verre et tous ses objets familiers.

Picasso à Antibes

C’est en voisin depuis la villa qu’il louait à Golfe-Juan avec sa jeune compagne Françoise Gilot, que Picasso pénètre pour la première fois en septembre 1946 au Château Grimaldi d’Antibes. Il découvre alors cette étrange bâtisse surmontée d’une tour dont la terrasse domine les remparts couleur pain d’épices et la mer éblouissante.

Voyant que ce lieu enchante le génie du XXe siècle, le conservateur du musée lui propose d’installer un atelier dans une salle au sommet de la tour. Enthousiaste, Picasso se met aussitôt au travail en commençant par dessiner sur les murs blancs trois têtes de faunes qu’il intitule Les Clés d’Antibes. En seulement deux mois, le maître andalou réalisera ici plus de 23 toiles et 44 dessins parmi lesquels son chef-d’œuvre La joie de vivre, gigantesque bacchanale au bord de la mer, ou encore Le Nu assis sur fond vert et La Femme aux oursins. Officiellement promu au rang de "Musée Picasso", le Château Grimaldi conserve aujourd’hui 275 œuvres de l’artiste, dont de très nombreuses céramiques.

Signac à Saint-Tropez

C’est à bord de son yacht L'Olympia que Paul Signac découvrit Saint-Tropez en 1892 avant d’y acheter une maison puis d’y installer un atelier. Ce petit port de pêche, avec ses ruelles étroites, ses grand-mères en tablier et son marché parfumé, se transforme en repaire de la jet-set durant l’été. S’y pressent de nombreuses personnalités du show-bizz à bord de grosses cylindrées ou de yachts plus impressionnants les uns que les autres. L’heure est alors à la fête sous les paillotes de Pampelone.

A l'écart de l’agitation, le musée de l’Annonciade rappelle que Saint-Tropez a été l’un des foyers les plus actifs de l'avant-garde picturale au début du XXe siècle. On savoure dans la fraîcheur de cette belle chapelle, les toiles de Signac, Picabia ou Monet retraçant dans un feu d’artifice de couleurs Saint-Tropez au début du XXe siècle, quand les belles tartanes, ces bateaux méditerranéens à voile, glissaient le long de la presqu’île.