Olafur Eliasson : "faire de Versailles un lieu valorisant pour tous"

Publié le : 16 juin 2016
  • Olafur Eliasson, Versailles "The gaze of Versailles"

    Olafur Eliasson, Versailles "The gaze of Versailles"

    © Olafur Eliasson

  • Olafur Eliasson, Versailles "Your sense of Unity"

    Olafur Eliasson, Versailles "Your sense of Unity"

    © Olafur Eliasson

  • Olafur Eliasson, Versailles "Waterfall"

    Olafur Eliasson, Versailles "Waterfall"

    © Olafur Eliasson

  • Olafur Eliasson "Versailles "Fog Assembly"

    Olafur Eliasson "Versailles "Fog Assembly"

    © Olafur Eliasson

  • Olafur Eliasson, Versailles "Glacial Rock"

    Olafur Eliasson, Versailles "Glacial Rock"

    © Olafur Eliasson

  • Olafur Eliasson, Versailles "The Curious Museum"

    Olafur Eliasson, Versailles "The Curious Museum"

    © Olafur Eliasson

  • Olafur Eliasson, Versailles "Solar Compression"

    Olafur Eliasson, Versailles "Solar Compression"

    © Olafur Eliasson

Olafur Eliasson : "faire de Versailles un lieu valorisant pour tous" Place d'Armes 78000 Versailles fr

Tout a commencé avec un père artiste, un livre d’art comme source d’inspiration et ce rêve d'adolescent : devenir danseur de hip-hop. Aujourd'hui, l'artiste dano-islandais, Olafur Eliasson, nous émerveille à son tour à travers son art et sur son dernier terrain d'expression, le Château de Versailles.

Exposition à découvrir du 7 juin au 30 octobre 2016

INTERVIEW Avec ses salles majestueuses ornées de feuille d'or, ses plafonds impérieux et ses effets miroir à vous couper le souffle, le Château de Versailles a toujours eu pour vocation d'impressionner ; et c'est encore le cas aujourd'hui. Autrefois l'apanage des rois, il s'est ensuite transformé en berceau des décisions internationales de poids qui nous assujettissent encore de nos jours.

Cet été, le splendide cadre de Versailles laissera le champ libre au célèbre artiste dano-islandais, Olafur Eliasson, récemment nommé Chevalier des Arts et des Lettres, pour mettre en lumière la rencontre de l'histoire et de l'art contemporain au travers de cette exposition. Nous avons profité de l'occasion pour lui poser quelques questions sur son art et son œuvre au château.

Vous avez exposé dans le monde entier, et à plusieurs reprises en France, pourquoi exposer à Versailles ?

« Exposer dans des lieux insolites, peu accoutumés à accueillir des manifestations artistiques et où l'on ne s'attend pas à découvrir des œuvres d'art contemporain, m'a toujours intéressé. Je pense que l'on a facilement tendance à voir Versailles comme un monument immuable, figé dans le temps. Se confronter à de l'art contemporain dans un tel cadre s'avère, pour beaucoup, une expérience hors du commun. C'est peut-être une manière de les aider à réaliser que Versailles est un lieu qui regorge de vie, et à prendre conscience que leur propre contribution a toute son importance.

La grandeur de Versailles éblouit non seulement la France, mais le monde entier. Il est trop souvent réduit au Roi Soleil, au Grand Siècle et au Siècle des Lumières. Cependant, à bien y réfléchir, nombre d'événements majeurs y ont vu le jour : la rédaction de la Déclaration des droits de l'Homme, la signature des deux traités de Versailles et la formation de la Société des Nations. Il a par conséquent un lien très étroit à ces idéaux qui nous animent encore à l'heure actuelle ».

Comment avez-vous dû adapter votre projet à ce cadre si chargé d'histoire ?

« Je tiens toujours compte de l'environnement dans lequel j'expose. Un site tel que Versailles, chargé d'histoire, au visuel très puissant, pose des problèmes bien différents d'un cube blanc. J'ai donc tenté d'interagir avec ce cadre plutôt que de l'envisager comme une contrainte.

L'originalité de Versailles réside dans sa conception, pensée dans l'optique de créer un lieu de surveillance permanente. Si vous étiez à la cour, il vous fallait être vigilant et respecter à la lettre les normes sociales de l'époque.

L'architecture baroque a permis de renforcer la visibilité au sein du Château, pour une surveillance accrue peu importe où vous vous trouviez. C’était, d'une certaine façon, un instrument de pouvoir sensationnel pour le roi.

Aujourd'hui, nous portons un regard différent sur Versailles et, à chaque visite, je m'interroge : quelle est notre approche en tant que visiteur lorsque nous y pénétrons ? Quel effet a-t-il sur nous ? Mon ambition est de faire de Versailles un lieu valorisant pour tous. L'exposition invite les visiteurs à prendre contrôle de l'expérience plutôt que de n'être qu'un simple spectateur de leur visite et d'être immobile face à sa grandeur ».

Comment vous êtes-vous préparé en amont de cette exposition ?

« En temps normal, je travaille en studio pendant deux ans, voire plus, pour planifier une exposition mais pour Versailles je n'avais pas tant de temps, ça a été un processus très intense. Par chance, je suis bien entouré. Je travaille avec une équipe excellente et tenace. À chaque fois qu'il me vient une idée en tête, j'ai les bras pour la mettre en œuvre.

Pour ce projet à Versailles, nous avons mené au studio des recherches quant au design, à l'histoire et à l'importance culturelle de ce lieu mais pour moi, l'expérience sur place est cruciale. Je m'y suis donc rendu et ai erré à travers le palais. J'y suis même allé la nuit pour y prendre des photos et trouver l'inspiration ».

Quel a été, à vos yeux, le plus grand défi de cette exposition ?

« L'eau est depuis longtemps un élément essentiel à Versailles ; cela représente aussi un défi de taille. Faire en sorte qu'il y ait suffisamment d'eau pour assembler la cascade et l'anneau de brume a nécessité beaucoup de planification logistique ».

Quelle sera l'expérience du visiteur ?

« Une série de manifestations interagissant subtilement avec l'espace par un jeu de miroirs et de lumières à l'intérieur du palais. Les installations extérieures utilisent la brume et l'eau pour en renforcer le caractère éphémère et de renouvellement perpétuel. Ces œuvres d'art viennent bouleverser le concept formel des jardins, par leurs éléments liquéfié et façonnables, nous rappelant ce que l'architecte paysagiste André Le Nôtre avait été dans l'incapacité de mettre en œuvre : le placement des fontaines le long de l'axe du Grand Canal ».

Trois questions rapides sur l'art


Qu'est-ce qui vous a mis sur la voie pour devenir artiste ?

« Mon père était artiste mais aussi cuisinier. Dans mon enfance, dès mon plus jeune âge, je passais l'été avec lui en Islande où il m'y enseignait le dessin dans les règles de l'art. À l'adolescence, je voulais devenir danseur de hip-hop jusqu'au jour où j'ai réalisé que le hip-hop et l'art avaient un point commun ; ils ont tous deux un rapport avec le corps et l'espace ».

Vous souvenez-vous de votre première rencontre artistique ?

« Je me souviens d'une reproduction du Monogram de Robert Rauschenberg (1955-59) dans l'un des livres de mon père. J'ai été émerveillé par cette œuvre d'art et je ne pouvais pas arrêter de me demander pourquoi l'artiste avait ressenti le besoin de mettre un pneu autour d'une chèvre. Des années après, j'ai vu son œuvre au Moderna Museet à Stockholm, où j'ai pu en apprécier toute la signification ».

Que signifie l'art pour vous et que doit-il susciter ?

« Je crois que l'art est un outil permettant de façonner la réalité. Lorsque vous pénétrez dans une exposition artistique, vous ne sortez pas du réel pour entrer dans le musée de l'art, vous vous rapprochez un peu plus de la réalité. Car la culture fait intrinsèquement partie de notre société. Elle y est une sorte de moteur éthique. Elle nous offre l'un des rares lieux de rencontre où il fait bon se réunir et exprimer son désaccord. Ce n'est pas seulement admissible, cela fait partie intégrante de l'expérience artistique. Tel un forum de discussion, elle permet de négocier ensemble la réalité ».

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